mardi 19 septembre 2017

Troll Enez Morbihan - SwimRun 45kmCAP + 5km NAT

Récit à 4 mains (sans les plaquettes, pas pratique pour écrire) de cette belle journée de sport - bon ça a piqué quand même :). Bonne lecture c'est long.

Eric: En 2015 j’avais terminé la première édition du Troll Enez (premier Swim and Run longue distance en France) dans un état de fatigue avancé compte tenu du froid et de la difficulté de l’épreuve. Mon binôme de l’époque n’a d’ailleurs pas donné signe de vie depuis 2 ans comme si sa carrière de Triathlète s’était terminée en Octobre 2015 dans le Golfe du Morbihan. [message perso « si si Romain ! Tu peux revenir faire de Triathlon et t’inscrire sur des compétions au soleil ! »]. Malgré cela je décide de rempiler à la deuxième édition du Troll Enez qui est programmée début Septembre 2017. Aussi cette fois, je suis associé à Guillaume et nous partons avec quelques atouts en poche –l’association de nos expériences, sa technique de natation, mon endurance et nos niveaux sportifs équilibrés.
Guillaume: En 2015 j'étais resté sur un souvenir de froid, très froid. [J'avais demandé à Bertrand de m'abandonner sur une île au milieu du golfe et j'ai mis quelques mois avant de pouvoir passer de nouveau sous les douches de la piscine]. Objectif 2017: avoir moins froid et courir toute la course.

Depuis deux ans ce très jeune sport a pris de la maturité. Il y a maintenant un calendrier fourni, les fabricants vendent des équipements et du matériel spécialisé Swim & Run. On trouve également sur le web des myriades de conseils en quelques clics (allez sur le groupe FB SwimRun France !). Nous sommes passés au Vieux Campeurs faire quelques emplettes puis, le week-end précédent la course, nous avons testé le matériel et les enchaînements. Cette fois nous serons encordé en Nat et parfois en CAP, rien n'est laissé au hasard. [Stéphane, un grand merci pour les conseils].

Le départ

Arrivée le samedi par une belle journée ensoleillée nous prenons place dans l’auberge de jeunesse à 500m de la course. Décor et aménagement spartiate mais parfait pour dormir quelques heures.

Les deux font la paire

Dimanche 3 septembre : Levé 5 heures (dur). Départ en bus vers Vannes puis navette pour rejoindre l’île d’Arz au milieu du Golfe. La météo a changé pendant la nuit. Il fait environ 15°C, quasiment la température de l’eau, et il pleut. Cette météo typique de la Bretagne nous suivra toute la journée. Etant donné qu’il faut attendre 30/40mn avant le top départ à 8h15, l’animateur a la bonne idée de nous passer quelques musiques entraînantes pour réchauffer les corps et le moral. Ainsi nous avons le droit à une danse improvisée des swim runners sur la célèbre chanson de Patrick Sébastien « Les Sardines » ! [Oui, cette épreuve s’inscrit vraiment dans un esprit provincial qui s’assume – Terroir versus Bling bling ! On ne trouve pas ce type de répertoire musical sur les épreuves licences Iron man].

Jusque là tout va bien.

La première portion consiste en une course à pied d’environ 9km - on pense qu'elle en fait 6, ce petit détail va avoir son importance. Nous partons sur un rythme un peu rapide. L’objectif est de se réchauffer puis de trouver la bonne cadence entre vitesse et prudence. Au bout de 6km, on ferme les combis, erreur, on termine en mode cocotte minute - heureusement la première section de natation va nous rafraichir.

Les athlètes s’étalent doucement au fil des kilomètres mais à la première mise à l’eau, nous sommes assez nombreux. Nous essayons de mettre en pratique les gestes répétés la semaine précédente. On s’attache avec le "leash" artisanal que nous avons fabriqué, fermeture de la combi, lunettes, mettre les plaquettes et enfin caller le pull-buoy une fois dans l’eau.

Eric: Ca va. La sensation n’est pas désagréable étant donné la très faible amplitude thermique entre l’air et l’eau. Guillaume assure et s’applique à mettre un bon rythme de natation et orienter sur l’oriflamme. L’eau est calme et la visibilité est bonne. Je fais de mon mieux pour suivre dans les pieds de Guillaume, ne pas me faire trop tracter et ne pas me prendre les bras dans le fil.
Guillaume: Première natation, une anse à traverser, "piece of cake". Ben pas du tout, bizarre y'a quand même un bon courant latéral. Finalement on s'en sort bien, la journée est lancée !

Cette première petite portion de natation (500/600 mètres) se passe très bien et enchaînons sur une course à pied de 3 ou 4 km.

Eric: Fort des bonnes sensations de course depuis le départ, nous abordons la 2ème natation de 600/700 mètres en toute confiance. Le scénario ne se déroule pas du tout comme nous le pensions. La mer est difficile à lire. Il y a beaucoup de clapot et des vagues désordonnées qui nous agitent dans tous les sens. Je me concentre sur ma nage et à rester au contact de Guillaume. Ca semble aussi compliqué pour lui. Il a du mal à s’orienter et nous dérivons sur la droite. Plusieurs fois, je m’emberlificote dans le « leach ». Bref nous sortons enfin de l’eau avec l’impression d’avoir perdu beaucoup de temps et d’énergie sur une toute petite transition de natation. 
Guillaume: Un gros chantier cette portion ! Des vagues venant à la fois de droite et de gauche, je n'y vois rien, du courant. Bon en faisant le point on n'est pas les seuls, il y en a partout ! Et dire que c'est seulement la deuxième portion et que les natations les plus difficiles sont devant nous. Je sors de l'eau au bord des crampes.
Venez me chercher !

Eric: Nous repartons pour la grosse portion de course à pied de 14km (tour de l’Ile aux Moines) tout en gambergeant sur les conditions de mer qui nous attendent de l’autre coté de l’Ile. Nous avons du piocher dans les réserves car la traversée de l’ïle aux Moines n’a été ni très rapides ni très régulière. A chacun notre tour nous avons eu une petite baisse de régime durant ces 14km.
Guillaume: je commence dans le dur avec des crampes, ensuite ça va et je frôle l'hypo à la sortie de l'Ile. Passage assez difficile comparé à 2015 où j'avais été euphorique sur ce tronçon. Et dire qu'on a un mur devant nous 3km de traversée dans le golfe... La corde a bien aidé sur cette partie.

Eric: Nous abordons enfin le nord de l’île pour enchaîner globalement 3000 mètres de natation entrecoupée de 2 / 3 micros îlots. Guillaume est euphorique lorsqu’il constate que la mer est finalement calme et qu’il ne semble pas y a voir trop de courant. Cette fois Guillaume oriente beaucoup mieux en revanche l’élastique entre nous n’est presque plus tendu. Est-ce moi qui nage mieux ou lui qui a réduit sa vitesse ? Je reste sagement dernière, profite de sa traînée et surveille de temps en temps s’il vise bien les bouées. A mi parcours, lorsque nous sortons de l’eau sur l’île de Logoden (250m de long /40m en largeur) Guillaume est transi, il grelotte et est un peu livide. Je le pousse à repartir vite pour se réchauffer seulement c’est compliqué de progresser dans les algues, le sable, la boue et les rochers glissants. Heureusement qu’il y a un petit ravitaillement sur cet îlot battu par le vent et la pluie. Les deux bénévoles sont frigorifiés mais ils gardent le sourire lorsqu’ils nous versent un coca ou de l’eau ! Il reste environ 1000m de natation pour rejoindre Arradon sur la côte Nord du Golfe. Guillaume a retrouvé des couleurs, son moral reste bon et il fait le job en natation. Cependant la vitesse reste moyenne. Je touche souvent ses pieds ou je me prends les plaquettes dans l’élastique qui n’est plus tendu. Sur les derniers hectomètres, je remonte donc à sa hauteur ce qui aura pour effet de le piquer au vif car il repasse devant pour finir cette dernière grosse portion natation.
Le plus dur de l’épreuve est maintenant dernière nous. A ce moment de la course l’enjeu est de gérer la fatigue, ne pas sombrer, avancer régulièrement et si possible tenir un classement. 
Là j'ai froid.
 Guillaume: Bon résumé :) Je me suis appliqué sur la navigation, très concentré pour bien négocié le courant qui vient de travers, par contre ça épuise ! En gros le rythme c'est: tous les 4 à 6 coups de bras - lever la tête, faire le point et là pas de bouée il faut viser le fanion à 1 km, mais heureusement pas trop de vagues cette année. J'ai une fois de plus frôle l'hypothermie, mais les 15°C n'ont pas été fatals comparé aux 13°C. Eric me fait prendre un gel à la sortie, ça requinque. [C'est au bout de 20' dans l'eau que je commence à être congelé - il faudra choisir des courses avec de plus petits tronçons]. Pour la fin de la natation, je confirme, ça m'a piqué de me faire dépasser, je dormais :) 
Si tu cours à Arradon, tu vas au bout !

Eric: Nouvelle portion à pied d’environ 3 km le long de la mer. Il faut jongler entre les rochers, le sable, la vase, les algues, rester concentré, ne pas glisser… Evidemment la vitesse de progression est lente sur ce passage. Guillaume a du mal à rester au contact mais nous avançons et perdons seulement deux places. Nous retrouvons les deux autres binômes à la sortie de la transition de natation suivante.
Guillaume: RAS, je démarre la course tout raide et perclus de crampes. Une boite sur un rocher, ça m'énerve et me remet dans la course - ah la piqûre d'adrénaline.
Eric: Je perds un peu de temps à vider mes chaussures de la boue et du sable accumulé car nous attaquons une portion de quasiment 10 km de course à pied très roulante. A ce moment de la course je suis déterminé à avancer au train car il y a beaucoup de places à perdre ou à gagner. Mon mollet gauche me fait de plus en plus mal mais à environ 11 km/h ça doit passer. Il faut juste avancer à l’économie, boire, prendre du sucre mais avancer coûte que coûte. Guillaume n’est pas au mieux. Nous devons alterner course et parfois marche rapide pour soulager ses douleurs aux genoux. Grâce au "leash", également fort utile sur les portions de course à pied très roulantes, Guillaume reste au contact et nous avançons.
Guillaume: le TFL s'était réveillé sur l'Ile au Moine, là ça commence à sérieusement tirer. Normalement on ne court pas avec un TFL... sauf quand tu es encordé, pas le choix, tu te tais et tu avances :) Bon ok j'ai grogné [un peu]. Merci Eric de m'avoir tiré sur cette portion. [A la réflexion, je manquais surtout de sucre, je rentrais en hibernation, ça doit être le froid]. 

Ca va mieux avec la longe.

Quelques équipes nous doublent mais sur un ravitaillement express nous reprenons des places ce qui fait du bien au moral. 10km/h de moyenne, l'essentiel est sauvé sur la portion. Nous arrivons enfin à la dernière natation d’environ 500 mètres. L’arrivée se trouve 3 km après la traversée.

Lors du briefing de départ, on nous avait annoncé que la dernière natation serait compliquée car dans une « vasière ». Effectivement nous sommes à marée basse au moment de traverser. Cette portion s’avère être un véritable calvaire. On s’enfonce jusqu’au genou dans une vase collante. La marche est vraiment difficile et nécessite une énergie folle. Quand il y a de l’eau, ce n’est guère plus de 30 cm à 50 cm de hauteur.

Eric: Après 5 minutes à me débattre debout ou allongé je commence à subir la fatigue alors que Guillaume avance. A plusieurs reprises je suis obligé de lui demander de m’attendre car nous sommes toujours attachés par le "leash" (ce qui n’était pas très judicieux à ce moment de la course). Nous avançons couchés dans quelques centimètres d’eau à la force des bras, les plaquettes plantées dans la vase. Cette traversée, trop longue, m’a vidé de mes forces. Le coté positif c’est que nous laissons aussi dernière nous d’autres équipes en mauvaises postures dans la vasière.
Guillaume: Grave ! On a du doubler 5/6 équipes dans cette vasière, j'ai kiffé :)
Bah c'est du propre.

Eric: Nous n’avons même pas de quoi nous rincer les mains et le visage qu’il faut repartir et boucler les 3 km qui nous séparent de l’arrivée. Curieusement Guillaume a retrouvé la niaque. Alors qu’il se traînait depuis plus d’une heure, la séance de boue l’a ravigoté. Oublié les douleurs aux cuisses ou aux genoux, mon binôme est probablement adepte de la Thalassothérapie ! Cette fois il coure devant et tire sur l’élastique. Nous montons à environ 12 km/h (impossible pour moi d’aller plus vite) et remontons encore deux équipes sur ce dernier tronçon.
Ah on est arrivé ?!

Enfin l’arrivée bras de dessus / bras dessous en 6h26.
28ème au scratch sur 71 équipes finisher (dont 4 hors barrière horaire).

Eric - J’ai aimé :
- L’aventure humaine au sein de l’équipe. La bonne complémentarité du binôme.
- Deuxième participation mais une aventure sportive différente compte tenu des conditions extérieures (météo, la mer, marée…).
- L’organisation et la logistique très professionnelle (130 bénévoles pour 142 athlètes !) mais dans un style artisanal et provinciale.
- L’ambiance de course et la grande sportivité entre les équipes.
- Les paysages le matin sur l’Iles d’Arz
- La paëlla géante après la course (que les familles et accompagnateurs peuvent aussi déguster gratuitement).
Guillaume: tout pareil. J'ai pas aimé les 3 jours après la course...grosse fatigue.


Crédit photo: Troll Enez Morbihan - https://www.trollenezmorbihan.fr/

1 commentaire:

  1. Très chouette votre CR à 4 mains ! On voit bien que le swimrun, par le fait que l'on soit en binôme ça change complètement du triathlon !
    Maintenant on compte sur vous pour nous rejoindre dans l'aventure Ötillö-HVAR du 8 avril prochain. Nous sommes déjà 2 binômes UASG...

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