jeudi 27 juillet 2017

"Begin the race as friends, finish as brothers..." (Michael Lemmel)


Forcement lorsque l'on s'intéresse au SwimRun, les courses sous le label Ötillö font rêver. Depuis 2006 en Suède se tient chaque année la course Ötillö (d'île en île en suédois) qui est la référence du swimrun dans le monde. Mais outre l'épreuve phare qui a lieu dans les îles au large de Stockholm, d'autres courses sont référencées maintenant en Europe (Hvar en Croatie, Utö en Suède, Iles Scilly en Grande Bretagne, 1000 lacs en Allemagne, et Engadin dans l'est de la Suisse).

Alors que nous venions de nous inscrire au SwimRun "long" de Vassivières, mon binôme Alexis me dit : "Il y a une autre course que j'aimerais faire, c'est le swimrun Engadin". Un petit tour sur internet pour voir les photos des alpages Suisses et de la vache Milka sous le soleil, et c'était vendu ! Nous voilà inscrits sans avoir bien lu les "petits caractères"...

Les petits caractères...

- Première contraintes, Alexis habite Neuilly, je suis à Vincennes (et souvent hors de Paris le week-end), pas simple de trouver des créneaux pour s'entrainer, tester le matériel. Bilan un seul entrainement commun à Torcy mi-juin, soit moins d'une semaine avant le swimrun de Vassivière.
Mais au moins lors de cette épreuve, nous avons pu valider le fait que pour la nage il nous fallait utiliser une longe, et que pour certaines portions de course à pied, cela pouvait aussi être intéressant.
- Seconde contrainte, Silvaplana, le village où se tient le swimrun Engadine, c'est loin, très loin, et difficile d'accès ! Y aller en voiture ? en train ? en avion ? Des frais et de la fatigue en perspective.
- Enfin, Silvaplana c'est en montagne, à 1800m d'altitude, et les semaines qui précèdent l'épreuve, le mauvais temps s'est installé sur la vallée. Nous voyons avec inquiétude des cartes météo affichant des températures négatives, et même parfois de la neige. Comment va être l'eau des lacs ? Je suis frileux, la combinaison Orca Core n'est vraiment pas épaisse, il me faut une seconde couche chaude.

En route

Quelques ristretti avant de passer en Suisse
Après avoir envisagé un co-voiturage, les 10h de voyage nous ont rebuté, et nous préférons un vol pour Milan, puis 3h de voiture vers le Nord.
Nous arrivons dès le début d'après-midi sur place, ce qui doit nous permettre de nous acclimater à l'altitude.
Nous posons nos tentes juste à coté du QG de la course, et partons prendre nos marques.
Rien à voir avec le circuit IronMan : l'organisation est pro, mais reste celle d'une petite course. Petit village des équipementiers aussi, mais nous sympathisons quand même avec le personnel du stand Head. Sympa de faire ta connaissance Samantha !
Petit village aussi, mais juste de quoi nous approvisionner.

Les plus petites tentes du camping








C'est aussi le moment de faire un dernier test de notre matériel, mais surtout de tester la fraicheur de l'eau... ça saisi !! nager quelques centaines de mètres me semble vraiment dur : le souffle est court, les mains engourdies. Alexis se veut rassurant : dans l'adrénaline de la course ça va le faire... je suis plus pessimiste : Aujourd'hui il fait beau, mais un ciel gris avec de la pluie est prévu pour dimanche.
En tout cas c'est décidé, je mettrai une sous couche (une combinaison de surf décathlon, découpée aux bras et aux jambes pour qu'elle ne me gène pas trop, sous la combinaison de swimrun). Je risque d'avoir chaud pendant les runs les plus longs, mais c'est le froid que je crains le plus, d'autant que les frères Labry nous ont prévenu : le froid a été leur ennemi n°1 lors de leur tentative sur cette épreuve.

L'épreuve

Caractéristiques du parcours
Le tracé de la course consiste à longer par l'est une série de lac, en traversant des portions à la nage. Les sections de course à pied sont essentiellement du trail, avec du dénivelé, et sur chemins. C'est moins intéressant que de nager d'île en île, mais le terrain est ce qu'il est. Par contre de belles montées vont nous assurer le spectacle avec des vues sur les sommets aux alentours et sur la vallée.
De réputation le chemin est étroit sur les premières montées ce qui ne permet pas de doubler facilement. Les binômes rapides vont jouer des coudes au début, pour ne pas se retrouver bloqués derrière une masse de coureurs plus lents... Nous privilégierons la sécurité, en ne grillant pas toutes nos forces dès le début.

Tracé de la course




























Veille de course

Top départ !
D'être arrivés tôt sur place, nous permet de nous acclimater à l'altitude, de bien dormir sur le dur sol de nos petites tentes, mais aussi d'assister à l'épreuve Sprint du samedi (17km de course dont 2,7 de nage).
Une manière de nous préparer à ce qui nous attend le lendemain. Convivialité d'une petite course, il est possible de se mettre juste au bord de la zone de départ/arrivée, ou le long du parcours, pour faire quelques photos des binômes dans l'action.

Go go go !!





















La course

Veille de course...
Réveil 5h30, et là nous découvrons qu'il y avait encore une difficulté que nous n'avions pas anticipée : les autochtones sont sauvages dans cette vallée... le sac qui contenait nos ingrédients méticuleusement choisis pour le copieux petit déjeuner d'avant course est éventré à quelques mètres de nos tentes... plus trace des céréales, des fruits secs et autres aliments destinés à mettre nos compteurs au MAX ! Renard, chien errant ? Nous ne le saurons pas, mais il n'y a plus qu'à se rabattre sur les barres énergétiques prévues pour l'épreuve (heureusement nous avions prévu large).
Point positif, le ciel est un peu moins chargé que la veille au soir, allons nous passer entre les orages ?

Bus jusqu'au lieu du départ de la course, ce qui nous permet de mesurer la distance qu'il va falloir parcourir en courant/nageant. Dernière attente, et c'est parti Alexis m'annonce qu'il a super mal à la tête et pas de jambes. La journée va être compliquée, et les cut-offs risquent de nous éliminer... Non pas ça !! Tant de kilomètre, et de préparation pour ne pas finir la course...
Mais je sais aussi qu'Alexis a un gros mental ;-)... voyons comment ça se passe.
Belle montée sur la seconde CP
Comme prévu ça part très vite en tête. Impossible de suivre, même si pour ma part je suis très bien. Très vite les premières côtes, je vois bien que je pourrais doubler facilement, mais ça ne sert à rien, car Alexis est à la peine, et il me faut l'attendre. Pas simple de marcher/courir au même rythme.
Première natation, annoncée à 8°C. Ca passe mieux que prévu, et nous sortons de l'eau rassurés sur notre capacité à résister au froid.
Par contre ça attaque directement par une grosse montée. Les équipes se suivent en file indienne, et Alexis me fait comprendre qu'il n'est pas question d'essayer de doubler. Dommage, j'aurais bien poussé un peu... mais d'autre part, la course est longue, ce n'est peut-être pas mal de se ménager un peu.
Le sourire revient...
La vue est magnifique dans la montée, mais Alexis reste silencieux, et n'en profite pas vraiment. Il serre les dents, et me dit juste de temps en temps que ça ne va pas : mal de tête, fatigue, pas de jambes... Pour ne pas être entrainé par ma fougue et le laisser à la peine, nous essayons de nous longer dans les montées. C'est un peu plus dur pour moi, mais ça équilibre nos pas.


Même pas froid !





Enchainements de courses et de nage. Alexis tient (il nage même assez bien en tête de notre binôme), mais reste à la peine dès qu'il faut courir. Nous passons quand même le premier Cut-Off avec une bonne marge, mais je vois bien que mon binôme ne tient que grâce à son gros moral ! Dois je le pousser à abandonner ? Surtout lorsqu'il me dit avoir des vertiges... Compliqué de savoir quelle est la limite entre l'effort dans le sport et la mise en danger. Heureusement nous ne sommes jamais longtemps seuls, nous doublons parfois des équipes, plus souvent d'autres nous passent, et des spectateurs sont là à chaque transition, et parfois le long des chemins.
Les kilomètres passent, et au moins je suis dans ma course, et tente juste d'aider Alexis par quelques mots de temps en temps.
Peu après la moitié du parcours, nous croisons Michael Lemmel et un médecin de l'épreuve, arrêtés avec un 4x4. Alexis leur explique ses maux de tête, ne parle pas trop de ses vertiges, et leur demande un paracétamol. Le médecin jugeant que sont état n'est pas critique le lui donne, Michael fourni une gorgée d'eau, et nous reprenons notre course.
10' plus tard c'est un autre homme qui court avec moi ! Alexis se met à parler... et surtout il a l'impression de se réveiller... ses jambes demandent à courir ! Les rôles s'inverse, il passe en tête, et nous commençons enfin à rattraper des concurrents. Dès lors c'est une autre course qui démarre... Mais rapidement le temps se couvre, le tonnerre gronde.
Arrivée au Cut Off n°2, nous avons une bonne marge de 45' sur le temps limite, mais la pluie tombe à verse, et l'orage est sur nous.
Nous nous réfugions sous la petite tente du ravitaillement espérant que cela va s'améliorer avant de nous mettre à l'eau pour le plus long segment de nage (1400m).
Ca n'a pas l'air de vouloir se calmer... "on y va ?". Avant d'avoir répondu à cette question, Michael arrive au Check Point, et prend la décision de stopper les portions de natation. Trop dangereux d'être dans l'eau sous orage.
Le long segment de nage sera remplacé par une CP encore plus longue, sur la rive opposée du lac. C'est décevant de ne pas faire toutes les natations prévues... surtout que je me suis couvert exagérément en prévision de cette longue nage... une grande course à pied ne va pas faire mon affaire. D'autant que les jambes commencent à être lourdes...
Mais pas le temps de trop réfléchir, nous repartons sous une pluie drue, pendant que le zodiac sur le lac commence sa navette pour extraire de l'eau les binômes qui y sont.
Dès lors, nous courrons 15km d'un bloc, avec 670m de D+ et autant de D-. Un peu dur pour une fin de course, surtout que mes cuisses me rappellent qu'il y a 7 jours j'étais sur le triathlon "M" de Guéret.
Au moins Alexis en superbe forme donne le tempo, me tracte parfois, afin d'être sûr qu'aucun binôme de nous rattrape ! Ca se joue serré sur les dernières centaines de mètres, mais ça tient ! Job done.

Une sacré course quand même, pas vrai "Bro" ?



Classement

Michael Lemmel
Du fait des orages, il n'est pas possible de donner un seul classement, car nous n'avons pas tous effectué le même parcours. Il y a donc 3 classements :

9 binômes ayant effectué tout le parcours prévu
  • 5h16 pour la première équipe
  • 5h58 pour la 9ème équipe
100 binômes n'ayant pas pu nager le dernier segment de natation (remplacé par une CP). Certains ont dû abréger l'avant dernière natation.
  • 5h56 pour la 1ère équipe
  • 8h06 pour la dernière équipe
Tout ça pour ça !
33 binômes n'ayant pas pu nager les 2 derniers segments de natation (remplacés par une longue CP)
  • 7h35 pour la 1ère équipe (c'est nous !)
  • 9h22 pour la dernière équipe 
4 équipes arrêté sur un cut-off
8 équipes ayant abandonné (DNF)






Conclusion


Ötillö ce n'est pas IronMan. L'esprit de la course est très différent. Beaucoup plus simple et proche de la nature. Une seule question : quelle sera notre prochaine course du label Ötillö ! Nous avons bien notre petite idée... à suivre !
Pour les derniers mots, je laisse la parole à Kristin Larsson, qui gagne à nouveau l'épreuve mixte d'Engadin cette année et qui résume bien l'esprit de ce sport en une phrase : "Put the team effort first, and not your individual performance."

En savoir plus sur les courses Ötillö.

Photos :
  • Jakob EDHOLM
  • Irina KURMANAEVA
  • et moi





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